Les techniques rhétorique sont nombreuses. Celle de de l’étiquetage, ou de l’étiquetage simpliste est utilisée pour discréditer l’autre (ou personne ou un groupe) : De la manipulation à la désinformation
Théorie de l’étiquetage
La théorie de l’étiquetage (labelling theory) vient principalement de la sociologie et de la criminologie. Elle explique comment l’attribution d’une étiquette négative (exemple : « délinquant », « extrémiste », « hystérique », « masculiniste »,… ) peut influencer la perception d’un individu ou d’un groupe, et même leur comportement. L’étiquette peut parfois n’être perçue comme négative que dans un groupe social limité dans lequel elle fera sens uniquement, dans lequel elle pourra même servir de signe plus ou moins conscient de reconnaissance ou d’appartenance au groupe.
Application politique : Cette théorie a été étendue à l’analyse des discours politiques et médiatiques. Par exemple, étiqueter un mouvement comme « violent », « radical » ou « anti-républicain » permet de le délégitimer aux yeux du public, sans argument.
■ Référence : Outsiders – Études de sociologie de la déviance Par Howard S. Becker 2020. L’étude « Outsiders » de Howard Becker analyse la déviance comme un phénomène social : ce ne sont pas seulement les actes qui comptent, mais surtout la manière dont un groupe les juge et les définit. Elle montre ainsi comment une personne peut être “étiquetée” comme déviante par autrui, cette étiquette servant ensuite à la discréditer et à la dénigrer.
Rhétorique et Argumentation
Stratégies de discrédit : En rhétorique, on étudie comment les orateurs utilisent des mots-valises, des métaphores dévalorisantes, des amalgames ou des stéréotypes pour discréditer un adversaire. Par exemple, relève de cette stratégie du collage d’étiquette les exemples suivants :
- Contre les féministes : Qualifier les féministes de « remuantes » ou « tapageuses » (comme durant les débats relatifs au suffrage féminin avant qu’il ne soit accordé en France, si tardivement !)
- Comme techniques de propagande politique : Edward Bernays (« Propaganda », 1928) et plus tard Noam Chomsky (« Manufacturing Consent ») ont analysé comment les élites utilisent le langage pour façonner l’opinion publique. Le collage d’étiquettes négatives (« communistes », « terroristes », « populistes ») est une technique courante pour discréditer un mouvement.
- Contre de nouveaux droits humains : Pendant la lutte pour le suffrage féminin, Qualifier les suffragettes de « bas-bleu » (femme intellectuelle méprisée), de « suffragettes hystériques » ou de « femmes incompétentes » pour invisibiliser et minimiser leurs revendications.
- Comme méthode de dénigrement d’un adversaire géopolitique : Pendant la Guerre froide, les États-Unis et l’URSS se sont mutuellement accusés d’être « impérialistes » ou « totalitaires ».
- Contre des mouvements sociaux : Qualifier des travailleurs de paresseux ou suggérer qu’ils se « lèveraient tard » pour écorner leur image et faire accroire que leur manifestation ou leur grèves seraient déplacées ou sans objet réel.
- Contre des mouvements sociaux : Au XIXe siècle, les grévistes étaient souvent qualifiés de « criminels » ou « anarchistes » pour délégitimer leurs revendications.
- Comme méthode de dénigrement d’un adversaire politique : Aujourd’hui, des termes comme « wokisme » ou « complotiste » sont utilisés de manière polémique.
- Contre les mouvements de décolonisation et de résistance : Les indépendantistes étaient traités de « terroristes » par les puissances coloniales (ex. : FLN en Algérie). Se renseigner sur les mouvements dé-coloniaux.
- Et sans surprise… Contre des mouvements associatifs progressistes : Qualifier des parents ou des associations de « masculinistes » pour discréditer leur engagement ainsi que les personnes. Un engagement pour davantage de respect des droits des enfants, des personnes critiques des inégalité qui touchent les enfants et les parents, mères et pères. (charte de défendre les enfants).
Notons, tout d’abord, ces exemples sont cités à titre d’illustration de l’usage de la technique d’étiquetage d’autrui. Cette liste ne constitue donc nullement une comparaisons entre les différentes situations citées mais simplement une illustration de différents cas d’usages illustrant la diversité des contextes dans lesquels la méthode du collage d’étiquette est malheureusement employée. Par ailleurs, des personnes peuvent être « complotistes », « criminels », « masculinistes », etc. Mais, dans ces cas, l’affirmation est le résultat d’un raisonnement argumenté et il devient donc possible de trouver des vrais arguments contrairement au collage d’étiquette.
Les personnes qui emploient cette méthode fallacieuse vont donc essayer de donner l’impression que de tels arguments existeraient : c’est alors la « foire à l’argument fallacieux ». Ces pseudo arguments qui se donnent l’apparence de la normalité mais relèvent également de méthodes manipulatoires.
Il est donc à noter que les termes employés dans les collages d’étiquettes simplistes :
- Ne sont pas étayés par une argumentation logique ou par des sources de qualité : Ce n’est pas la conclusion d’un raisonnement / les arguments fournis sont faux (même s’ils ont souvent l’apparence de la normalité).
- Ont pour objectif d’obtenir la sidération et des émotions négatives afin d’éviter que la personne qui l’entend ou le lit ne critique la pseudo-information propagée.
- Apparaissent comme contraire à la réalité observable et factuelle des personnes ou mouvements qui sont ainsi attaqués.
Le collage d’étiquette dénigrant sur autruit est donc totalement différent d’une conclusion d’un raisonnement étayé et se caractérise par sa vacuité argumentative. Vacuité parfois dissimulée derrière un ensemble de pseudo-arguments fallacieux qui ont pour objectif de donner l’illusion d’une conclusion construite et solide. En résumé : Une façade toxique. Les collages d’étiquettes s’appuient donc naturellement, pour mieux fonctionner, sur les idée reçues et sur les biais de confirmations des personnes. Sur les idées reçues, il peut être pertinent de lire « Les Idées reçues : Sémiologie du stéréotype » (2026, réédition de l’ouvrage de 1991), et « Apologie de la polémique » (2014) de Ruth Amossy,.

image d’illustration générée par l’IA Mistral AI.
Pourquoi ça marche ? Comment résister ?
➡️ L’étiquetage repose sur trois conséquences de la méthode :
◼️ La simplification : Une étiquette réduit un groupe complexe à un trait négatif.
◼️ La peur et mépris : Elle active des émotions (peur, dégoût) qui rendent le public réceptif au rejet.
◼️ L’effet de groupe : Une fois l’étiquette acceptée, elle devient une « évidence sociale » même si elle est fausse (ex. : « Tout le monde sait que les écologistes sont des extrémistes », ici, avec un argument d’autorité : le faux appel à la majorité). Elle peut donc ensuite s’appuyer sur des biais de confirmation : Les gens retiennent davantage les informations qui confirment l’étiquette collée, même si elle est fausse ou exagérée. Des études en psychologie sociale (comme celles d’Erving Goffman, « Stigma: Notes on the Management of Spoiled Identity », 1963) montrent que les étiquettes négatives créent des stéréotypes persistants et des biais de perception. Une fois qu’un groupe est associé à une étiquette (« féministe = aigrie », « écologiste = bobos »,…), il devient difficile de s’en défaire.
✅️ Comment résister à ces stratégies ?
◼️ Dénaturaliser les étiquettes : Montrer qu’elles sont construites.
Exemple n°1 : Quand des militantes FEMEN, torse nu, interrompent une cérémonie ou un discours politique, les médias et les commentateurs les qualifient souvent d « hystériques », de « provocatrices », voire de « vulgaires ». Pourtant, ces mêmes femmes, en bravant les interdits sociaux et les risques d’arrestation, font preuve d’un courage rare et d’une détermination sans faille pour défendre leurs convictions. Alors, pourquoi le mot « hystérique » — chargé d’une histoire misogyne — s’impose-t-il plutôt que « courageuse » ou « engagée » ? Il convient de questionner le discours qui est tenu à propos de la réalité factuelle.
Exemple n°2 : Pourquoi certains qualifient un mouvement de parents qui défend les droits des enfants, davantage d’égalité parentale, le droit à l’IVG, etc. de « masculiniste » alors que les mouvement masculinistes, dans la réalité, s’opposent ouvertement aux droits des femmes ? En effet, les « incels » attaquent : le droit des femmes de disposer de leur corps, le droit de travailler (ces mouvement défendent un modèle ou la femme resterait au foyer !), le droit d’être ou de ne pas être parent (attribution d’un seul rôle reproducteur),… Il convient de questionner le discours qui est tenu à propos de la réalité factuelle.
◼️ Analyser les présupposés :
Trois questions à se poser pour se protéger de cette technique rhétorique :
1. Qui bénéficie de l’étiquette ?
Les étiquettes négatives (« casseurs », « hystériques ») servent toujours quelqu’un : les pouvoirs en place (pour justifier la répression), les médias (pour faire de l’audience), ou les adversaires politiques (pour éviter le débat). Ex. : Traiter les Gilets jaunes de « violents » a permis de faire passer des lois sécuritaires.
2. Qui la diffuse ?
Ce ne sont jamais les concernés. Ce sont les politiques (pour fédérer leur camp), les éditorialistes (pour simplifier un débat complexe), ou les algorithmes (qui amplifient les contenus clivants).
3. Pourquoi la diffuse-t-on ?
Pour détourner l’attention (éviter de parler du fond), créer un ennemi (fédérer contre un bouc émissaire), ou affaiblir un mouvement (ex. : « Féministes = aigries » pour discréditer leurs revendications, « Mouvement de parents = masculinistes » pour discréditer leur revendications, etc.). L’étiquette remplace l’argument.
En conclusion
La vigilance vis à vis de ce type de méthode est donc nécessairement constante. Car discréditer un mouvement ou une personne sans argument c’est, toujours, participer à un contexte d’empêchement d’un vrai débat de fond, C’est faire éviter – encore ! – des sujets pas assez abordés, c’est participer à la toxicité de nos sociétés. Une personne qui a des arguments n’a pas besoin de méthode rhétoriques pour défendre ses idées. C’est aussi ce que nous voulions rappeler dans notre article « Pour davantage de respect après un effroyable double meurtre »
Courage à toutes et à tous dans ce contexte et toutes les toxicités qui le caractérise.
Se parler, les un, les unes et les autre, dans le respect mutuel et le respect est important.
