Violences conjugales : Le collectif “Défendre les enfants” dénonce l’invisibilisation des hommes victimes et interpelle le député Mickaël Bouloux

Le collectif “Défendre les enfants” a récemment interpellé le député socialiste breton Mickaël Bouloux sur la question de l’invisibilisation des hommes victimes de violences conjugales. À travers une série d’échanges, le collectif dénonce la difficulté de débattre sur cette problématique dans les médias traditionnels, ainsi que la suppression systématique de leurs prises de parole sur les réseaux sociaux gouvernementaux et associatifs.

Un sujet tabou dans l’espace public et médiatique

Selon le collectif, la prise en charge des hommes victimes de violences conjugales est un sujet malheureusement trop souvent occulté par les pouvoirs publics et les médias nationaux traditionnels. Alors que le collectif a tenté à plusieurs reprises de médiatiser cette question, un seul média local a accepté de relayer (Cf. Article Ouest France du 26 mars 2025 : Ils demandent l’extension du 3919 aux hommes victimes de violences conjugales) leur démarche malgré plusieurs échanges avec des journalistes nationaux (AFP, La Croix, Le Parisien...) Face à ce silence, l’association a dû également se tourner vers des médias indépendants, souvent critiqués par certains responsables politiques.

 

Le collectif souligne également une censure manifeste sur les réseaux sociaux officiels. Des commentaires évoquant l’absence de dispositifs d’écoute pour les hommes victimes ont été supprimés des pages des ministères concernés (cf. Focus sur le 3919 : un dispositif essentiel et des enjeux d’extension – AgoraVox le média citoyen)

 

Mais également des plateformes de la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF), qui gère actuellement le numéro 3919. Une situation que le collectif qualifie d’inacceptable dans un État qui prône l’égalité et le débat démocratique.

 

Un parent victime, des enfants exposés aux violences

Le collectif “Défendre les enfants” insiste sur un point fondamental : lorsqu’un parent est victime de violences conjugales, ce sont aussi des enfants qui en subissent les conséquences. Un enfant témoin de violences domestiques est un enfant exposé à un climat de peur, de stress et de danger, avec des répercussions potentielles sur son développement psychologique et émotionnel. Pire encore, dans certains cas, les enfants deviennent eux-mêmes des victimes directes.

Pour le collectif, il est impératif de combattre toutes les formes de violences de manière globale et d’éviter toute forme d’invisibilisation. Séparer les victimes en fonction de leur genre ne permet pas d’apporter une réponse adaptée aux familles touchées. Toutes les victimes doivent être reconnues, soutenues et protégées, sans distinction.

Une demande claire : l’extension du 3919 aux hommes victimes

Le collectif milite pour une ouverture du 3919 aux hommes victimes de violences conjugales, ou à défaut, la mise en place d’un service équivalent. En effet, selon les données du ministère de l’Intérieur, 14 % des victimes sont des hommes, voire 28 % selon l’INSEE, mais aucun dispositif d’écoute spécifique ne leur est dédié.

Malgré cela, les demandes du collectif restent lettre morte auprès de la ministre Aurore Bergé alors que l’ancienne ministre de l’Égalité, Salima SAA, s’était déclarée favorable à cette extension du 3919. Cf. Courrier officiel daté de décembre 2024.  le collectif dénonce le mépris institutionnel à l’égard de ces victimes, soulignant que lorsque le 3919 a été élargi aux femmes sourdes et malentendantes, aucun débat budgétaire n’a empêché cette avancée (cf. Le 3919 accessible aux sourdes ou malentendantes avec Acceo). Pour le collectif, le blocage est idéologique plus que financier.

Le député Bouloux reconnaît un débat légitime, mais reste réservé

Dans sa réponse, Mickaël Bouloux reconnaît l’importance de la problématique soulevée mais reste circonspect sur la faisabilité budgétaire d’une extension du 3919. Il estime que, dans un contexte de restrictions financières, il est difficile de convaincre l’Assemblée nationale d’allouer des moyens supplémentaires à un dispositif déjà menacé par des coupes budgétaires.

Le député exprime également des réserves quant aux médias sollicités par le collectif, notamment le site Breizh Info, qu’il accuse d’être un relais de l’extrême droite bretonne. Il insiste cependant sur le fait que cela ne remet pas en cause la légitimité de la cause défendue par “Défendre les enfants”.

Un débat qui peine à émerger

Ce refus de médiatisation et la suppression des commentaires sur les réseaux sociaux interrogent sur la volonté réelle d’ouvrir un débat sur l’ensemble des victimes de violences conjugales, indépendamment du genre.

Le collectif “Défendre les enfants” appelle désormais à un soutien politique* plus large et continue d’interpeller les parlementaires sur cette question. L’enjeu est simple : briser le silence et garantir une égalité d’accès à l’aide pour toutes les victimes. Mais encore faut-il que le débat puisse exister.

Dépôt de 4 Questions au Gouvernement

Le 25 mars 2025, quatre parlementaires de différents bords politique ont interpellé le gouvernement sur cette question via quatre questions écrites adressées aux ministères concernés :

La députée Christine Le Nabour a également sollicité un rendez-vous avec la ministre Aurore Bergé afin d’échanger sur ce sujet Ainsi que la députée Christelle Petex via un courrier officiel :

La ministre acceptera-t-elle d’en débattre vendredi 28 mars 2025 ?

En effet, un des membres du collectif Parents Dynamique (soutien du collectif “Défendre les enfants”) a été sélectionné suite à l’appel lancé par le média Charente Libre (Cf. Qui veut interviewer Aurore Bergé, la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, avec CL ? – Charente Libre.fr)

–Mise à jour au 3 avril 2025–

Réponse de la Ministre Aurore Bergé (à partir de 8mn)

(Retranscription générée par l’IA)

Florence Moutaque
— Alors ma dernière question, ça va être aussi… Il y a aussi des hommes qui vivent des violences psychologiques de plus en plus.
Donc est-ce que c’est un domaine qui vous interpelle, qui vous intéresse et sur lequel vous pensez réagir ?

Aurore Bergé
— Mais les violences, comme je disais, elles sont dans toute la société.
Et donc même si les femmes en sont les principales victimes, ça veut pas dire que des hommes ne pourraient pas et ne sont pas déjà des victimes des violences.
Et donc nous, quand on protège, on protège tous les Français, évidemment, sur la question des violences.
On a créé il y a un peu plus d’un an l’aide universelle d’urgence.
L’aide universelle d’urgence, c’est une aide qui est délivrée à toute personne victime de violence, une fois qu’il y a un dépôt de plainte, parce que c’est aussi d’encourager à ce dépôt de plainte, et elle est délivrée par les CAF ou la MSA, pour les personnes agriculteurs, agricultrices, entre 1 à 3 jours.
Donc ça va très vite.
Et c’est pour tout le monde.
J’ai pas dit on va réserver cette aide exclusivement aux femmes.
Non, c’est pour toutes les personnes victimes de violences.
Alors, dans l’écrasante majorité des cas, ce sont des femmes.
Mais ça veut pas dire qu’il faut pas prendre en considération les hommes.
Et assumer aussi que c’est sans doute encore plus difficile de verbaliser les violences qu’on a pu subir.
parce qu’on est un homme et parce que notre société est encore viriliste, elle est encore patriarcale, et donc on a encore tous ces préjugés de ce qu’on attend comme qualité d’une femme, de ce qu’on attend comme qualité d’un homme, et donc un homme victime de violences, ça paraît encore plus difficile à dire.
Il ne faut pas que ce soit difficile.
En fait, toutes les victimes doivent être prises en compte et doivent être accompagnées dans notre société, quelle qu’elle soit.
Il faut que la société, là-dessus, change un peu son logiciel et la manière avec laquelle on considère les victimes en général.


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