3919, PPL 819 : une alerte, un débat, une responsabilité collective

Une intervention de la FNSF marquée par l’inquiétude

Lors de son audition au Sénat dans le cadre des travaux sur le thème « Montée en puissance des mouvements masculinistes en France », table ronde avec des associations féministes sur les stratégies de lutte contre les mouvements “dits” masculinistes, la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF) a exprimé de vives inquiétudes autour du 3919 et de la Proposition de loi n°819 sur la Résidence Alternée.
S’appuyant sur l’expertise de terrain de son réseau – plus de 80 associations réparties sur l’ensemble du territoire – la fédération a rappelé le rôle vital de cette ligne nationale dédiée aux femmes victimes de violences conjugales.

La FNSF a notamment alerté sur les tensions croissantes pesant sur le dispositif : augmentation du nombre d’appels, complexité accrue des situations traitées, et, selon elle, pressions et appels virulents visant les écoutantes. Dans ce contexte, la fédération a dit craindre que certaines revendications politiques ou militantes ne fragilisent un outil déjà fortement sollicité, au détriment des femmes qui en dépendent.

Cf. Face aux masculinismes, des associations en résistance !

 

Le 3919 : un outil essentiel à protéger et à renforcer

Sur ce point, un consensus large existe : le 3919 est un service essentiel, qui doit être soutenu, protégé et doté de moyens suffisants.
Aucune avancée législative ou institutionnelle ne saurait se concevoir sans garantir la continuité, la qualité et la sécurité de ce dispositif, ni sans reconnaître l’engagement quotidien des professionnelles et bénévoles qui y œuvrent.

Le débat actuel ne porte donc pas sur l’utilité du 3919 – unanimement reconnue – mais sur la manière dont les politiques publiques peuvent mieux couvrir l’ensemble des réalités des violences intrafamiliales, sans opposer les victimes entre elles.

Ce qu’a répondu le collectif Défendre les enfants à France Info

Mis en cause de manière indirecte dans le débat médiatique, le collectif Défendre les enfants a tenu à apporter une clarification écrite à France Info qui l’a sollicité récemment.
Le collectif a été catégorique : il n’a jamais mené ni encouragé une quelconque campagne de “saturation” du 3919, et condamne sans réserve toute forme de pression, de menace ou d’intimidation visant les écoutantes ou les structures assurant ce service.

Bien au contraire, le collectif affirme depuis l’origine une position constante et publique :

le 3919 doit être renforcé, soutenu et doté de moyens supplémentaires, afin de garantir une réponse de qualité à toutes les victimes.

C’est précisément dans cet esprit que Défendre les enfants rappelle que de nombreux parlementaires, issus de sensibilités politiques diverses, ont proposé soit l’extension du 3919 aux hommes, soit la création d’une ligne nationale spécifique, financée par des crédits dédiés.
L’objectif affiché n’est pas de nier les violences faites aux femmes, mais d’élargir le filet de protection à toutes les victimes, dans une logique inclusive et pragmatique.

La députée Maud Petit souligne également que les dispositifs existants, souvent cités comme alternatives, ne répondent pas pleinement aux problématiques spécifiques rencontrées par les hommes victimes de violences conjugales ou intrafamiliales, lesquels hésitent fréquemment à solliciter des numéros perçus comme ne leur étant pas destinés.

Cf. Question n°8484 : Numéro national d’écoute pour les hommes victimes de violences conjugales – Assemblée nationale

Refuser les clivages, penser l’inclusion

Un point mérite d’être souligné : le collectif Défendre les enfants insiste sur le fait que son action n’a jamais eu pour but de créer du clivage ou d’opposer les victimes entre elles.
Selon nous, la lutte contre les violences intrafamiliales ne peut être réellement efficace que si elle repose sur une approche apaisée, inclusive et fondée sur les faits, loin des caricatures et des procès d’intention.

Toute polarisation excessive, alerte le collectif, risque au contraire d’affaiblir la protection de l’ensemble des victimes et de détourner l’attention des enjeux structurels : prévention, accompagnement, moyens alloués, et cohérence des politiques publiques.

Comme pour le HCE, une main tendue à la FNSF

Dans la continuité de la démarche déjà engagée à l’égard du Haut Conseil à l’Égalité (HCE), le collectif Défendre les enfants souhaite aujourd’hui tendre la main à la FNSF, dans un esprit de dialogue respectueux et constructif.

Comme il l’exprimait récemment à propos du HCE, le collectif se place résolument dans une logique d’échange sympathique et courtois, à l’opposé des mouvements radicalisés qui prospèrent sur les insultes, les menaces et la violence verbale – dérives que le collectif condamne sans ambiguïté, tout comme les institutions qu’il interpelle.

La demande formulée est simple :

que la pluralité des points de vue soit représentée dans les instances consultatives et les espaces de réflexion, sur un sujet de société aussi sensible et structurant que les violences intrafamiliales et l’égalité parentale.

À ce jour, aucune association du collectif ne participe aux travaux de certaines institutions clés, ce qui pose, selon lui, un réel problème de représentativité.
Or, améliorer la situation des femmes et des hommes, réduire les violences intrafamiliales – quelles que soient les victimes – et faire reculer les stéréotypes hérités du patriarcat suppose de pouvoir confronter les données, enrichir les analyses et sortir des lectures partielles.

Cf. Égalité parentale : Quand le rapport 2026 du HCE efface une évolution sociale majeure… – Défendre les enfants

Pour un débat exigeant, pluraliste et responsable

Les pays ayant mis en œuvre depuis plusieurs décennies des politiques plus équilibrées en matière de parentalité, notamment via un recours accru à la résidence alternée égalitaire, ont déjà démontré les effets positifs de ces choix sur les droits des enfants, des femmes et des hommes.

Cf. Communiqué de presse : Statistiques sur les annulations, séparations et divorces (ENSD). Année 2024. (Espagne)

Cf. Co-parenting after divorce: Alternating weeks more popular in Belgium ou Co-parenting after divorce: Alternating weeks more popular in Belgium (Belgique)

Intégrer l’ensemble des acteurs concernés, y compris ceux qui portent des analyses parfois minoritaires ou dérangeantes, ne signifie pas affaiblir la lutte contre les violences.
C’est au contraire se donner les moyens de la renforcer, en l’ancrant dans une compréhension complète, pluraliste et exigeante des réalités sociales.

Dans cet esprit, le débat ouvert par la PPL 819 et les interventions comme celle de la FNSF peuvent – à condition d’être menés sans caricature – devenir une opportunité : celle de bâtir des politiques publiques plus justes, plus efficaces et réellement protectrices pour toutes et tous.

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